Bernard VAN CRAEYNEST : "combattre la désyndicalisation"


« Décaler l'âge légal de départ à la retraite ne nous pose pas de problème de principe », indique Bernard Van Craynest, sous condition que soient prises en compte pénibilité et carrières longues.

propos recueillis par Julien Bouillé, mardi 16 février 2010, et publiés dans 'L'UNION' de REIMS.

Vous allez débattre pendant votre congrès, cette semaine à Reims, du syndicalisme de demain. Quelle est votre vision personnelle ?
Nous avons deux défis majeurs. D'une part, nous sommes le pays de l'OCDE qui a le plus faible taux de syndicalisation. On le situe entre 7 % et 8 %, avec bien sûr, un écart entre le public et le privé. D'autre part, 40 % des militants syndicaux, toutes organisations confondues, seront partis à la retraite dans les dix ans qui viennent.
Pour nous, il y a deux voies essentielles pour demain.
D'abord nous voulons être proches des salariés, être à leur écoute, répondre à leurs attentes et leur rendre des services, et cela pas seulement lorsqu'ils viennent frapper à notre porte parce qu'ils sont menacés d'une sanction ou d'un licenciement. C'est pour cela que nous voulons aller à leur rencontre et leur montrer qui nous sommes et ce que nous faisons.
Ensuite, nous avons un projet majeur concernant l'image du syndicalisme. Elle est assez réductrice en raison du prisme des médias qui, bien évidemment, parlent plus de ce qui va mal que des trains qui arrivent à l'heure.
Or, les grèves et les blocages des transports, c'est l'écume des vagues par rapport à l'activité quotidienne d'un syndicaliste qui est de dialoguer, de négocier et de résoudre des problèmes concrets.

Pourquoi vos fonctions seraient mal connues ?
Cela vient d'une carence du système de formation initiale. On parle depuis des années d'instruction civique et d'histoire, mais en fait, même dans les universités et les grandes écoles, les jeunes ne connaissent pas notre histoire sociale, comment s'est bâti notre système de protection sociale, comment on a fait les lois, les accords de branche et les accords d'entreprise. Ils considèrent que tout cela s'est fait naturellement et qu'il n'y a pas de raison que cela change. Pour remédier à cela nous avons bâti un programme, avec une société extérieure, qui nous amène à intervenir depuis plusieurs années dans les universités et les grandes écoles. Nous l'avons renforcé depuis le 1er janvier au travers d'un programme qui s'appelle « vital management ». Il fait travailler et réfléchir des étudiants sur ce que sera leur future vie professionnelle et sur les conséquences de leur attitude de management sur leur carrière et leur entourage.

Quelle est votre position sur le financement des retraites ? Etes-vous pour un allongement des cotisations ? Un report de l'âge légal du départ à la retraite ?
Il faut rebâtir un équilibre entre le temps d'activité et le temps passé à la retraite. Il y a quarante ans, la durée moyenne de la retraite était de sept ans. On est à vingt-deux ans aujourd'hui. On voit bien que, d'un point de vue arithmétique, un déséquilibre s'est créé.
Pour autant, ce n'est pas avec des mesures drastiques qui s'appliquent de la même manière à tout le monde que l'on va trouver le système équilibré que nous voulons bâtir.
Décaler l'âge légal de départ à la retraite ne nous pose pas de problème de principe à condition que l'on traite la question des carrières longues. Il y a de moins en moins de personnes qui ont commencé à travailler très tôt mais il y en a encore. On souhaite une modulation avec la durée travaillée. Il y aura 41 annuités en 2012 et il peut y en avoir 42 en 2019, par exemple. Mais si l'on remonte l'âge légal de départ à la retraite, il ne faut pas que certaines personnes aient une retraite à taux plein après 42 ans de travail et d'autres après 49 ans. Il y a aussi le dossier pénibilité. Tout cela passe par un volant d'amélioration des conditions de travail en général mais aussi par la gestion des carrières. Les employeurs ont une vraie responsabilité, il faut leur mettre la pression pour qu'ils arrêtent de se débarrasser des anciens parce qu'ils coûtent trop cher ou qu'ils ne sont pas assez performants.

Quel bilan tirez-vous de la loi sur la représentativité des syndicats ?
Nous constatons que l'on a répondu qu'à une partie du problème pour asseoir la légitimité des organisations.
Le critère d'audience est important mais il n'est pas le seul. Si on ne règle pas la manière de sensibiliser et d'attirer les salariés pour qu'ils s'engagent syndicalement, il n'y aura bientôt plus de combattants, de militants, de négociateurs et même plus de candidats aux élections.
Le critère d'audience démontrera alors son inutilité dans le dispositif.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur les 35 heures qui ont eu un impact fort sur l'organisation du travail des cadres ?
Beaucoup d'études ont présenté, de manière fallacieuse, le fait que les cadres étaient les grands bénéficiaires des 35 heures. Certes, ils bénéficient de RTT et donc d'un petit peu plus de jours que ce que prévoient les congés légaux et conventionnels. Mais, après l'instauration du forfait jour par la loi dite Aubry 2 de janvier 2000, on s'aperçoit que toutes les démarches d'assouplissement engagées par les gouvernements successifs depuis 2002, et notamment la loi du 20 août 2008, font qu'aujourd'hui, 1,5 million de personnes, et pas uniquement des cadres, sont au forfait jour.
Cela montre que l'on n'a pas spécialement amélioré les conditions de vie et d'existence pour beaucoup de salariés.
Durant les 215 ou 220 jours que compte leur fortait, et du fait des nouvelles technologies comme les portables, Black Berry et autres, les gens sont toujours reliés à leur entreprise et sous pression.
Nous voulons donc travailler non pas seulement sur la durée du travail, mais sur les conditions d'emploi, les centres de décisions et sur le management d'une manière générale.
Nous constatons que la vie au travail s'est dégradée, qu'il y a davantage de stress et que tout cela est contre-productif pour notre économie et notre performance globale.

Vous présidez l'un des principaux syndicats représentatifs mais vous êtes moins connu qu'un Thibault, un Chérèque ou un Mailly. Est-ce seulement une question de taille ?
Nous sommes plus petits que la CFDT, CGT et FO, c'est vrai, même si je considère qu'il n'y a pas de grands syndicats en France. Si on se compare au DGB allemand, cela n'a rien à voir.
Ensuite, les médias ont le réflexe de se tourner vers les grosses structures. On est en ligue 2 et même si on joue bien, on n'a pas la notoriété de Marseille, Bordeaux ou Lyon.
Enfin, les médias sont plus attirés par l'événementiel.
Donc, il faut que nous soyons plus imaginatifs, plus créatifs pour davantage braquer les projecteurs de l'actualité vers nous.
C'est un des enjeux sur lesquels je veux mettre l'accent pendant le congrès de Reims.

Vous avez tenté, en vain, un rapprochement avec l'UNSA. L'idée est-elle encore là ?
Nous voulons combattre l'un des facteurs de la désyndicalisation, à savoir la division entre les organisations. De tout temps, les gouvernements et le patronat en ont fait leur miel.
Nous visons un renforcement du dialogue et du partenariat avec d'autres organisations parmi lesquelles il y a celles avec qui nous partageons une vision de la société, de l'entreprise et du monde du travail.
On continue à travailler avec l'UNSA. Je préfère avoir un allié supplémentaire plutôt qu'un concurrent supplémentaire.
Mais nous dialoguons aussi avec la CFTC et pourquoi pas avec la CFDT ou Force Ouvrière.

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